DÉCÈS DU PROFESSEUR MICHEL VIGNEAUX, DOYEN DE L'ACADÉMIE

 

Michel Vigneaux nous a quittés le 14 octobre 2021 : il avait fêté ses cent ans le 1er juillet. Il était le doyen de l’Académie, doyen d’âge bien sûr, mais aussi en ancienneté d’académicien : reçu en 1964, nous avions célébré son cinquantenaire académique en novembre 2014, ce qui était tout à fait exceptionnel, c’était seulement la deuxième fois en 300 ans d’histoire de notre compagnie qu’un de ses membres atteignait ainsi 50 ans d’académicien…

La guerre ayant interrompu en 1940 ses études à Lille en classe préparatoire aux grandes écoles, Michel Vigneaux se réfugia à Bordeaux. Il y rencontra le professeur Fernand Daguin, éminent géologue, membre de l’Académie de 1943 à 1948, qui le persuada d’entreprendre des études de géologie. Tout au long de la guerre, il avait profité de ses travaux sur les cartes géologiques à cheval sur la ligne de démarcation pour passer nombre de plis, de messages, de colis entre la zone occupée et la zone libre.
Michel Vigneaux soutint sa thèse à Paris fin 1947, mais opta pour la Faculté de Bordeaux. Il franchira au fil de sa carrière universitaire tous les échelons, du poste d’assistant jusqu’à celui de titulaire d’une chaire à partir de 1957, puis de professeur de classe exceptionnelle.
Dès les années 60, il a constitué une équipe de recherches qui se développera jusqu’à compter une centaine de chercheurs. Michel Vigneaux participa au déménagement de la Faculté des sciences du cours Pasteur vers le campus de Talence : il choisit de s’installer dans une chartreuse, le château de Bonnefond, qui deviendra emblématique de son équipe de recherches…
Passionné par l’enseignement, Michel Vigneaux a toujours entretenu des relations étroites et confiantes avec ses étudiants, tout en étant très exigeant, il savait être proche d’eux, ménager à point nommé des moments de complicité. Il avait surtout le plus grand souci de leur insertion professionnelle.
Dans cette optique, il fit évoluer les thèmes de recherches et multiplia les relations avec divers organismes et le monde des entreprises. Il noua ainsi des contacts avec le Bureau de recherches géologiques et minières, l’Institut français du pétrole, le Centre national d’exploitation des océans (CNEXO), persuadé que l’océanographie était un domaine très porteur. Il se lia ainsi d’amitié avec le fondateur et premier directeur du CNEXO, Yves La Prairie, qui fut membre de l’Académie de 1990 à 2015. Il entretint aussi des liens étroits avec l’Institut de géologie du Bassin aquitain dont il fut le premier directeur.
Michel Vigneaux a initié très tôt une collaboration université - entreprises, aussi précieuse pour ses recherches que pour l’insertion de ses étudiants. Cette collaboration, novatrice, n’était pas toujours très bien vue dans le monde universitaire, puisque notre confrère était parfois traité de « vendu aux trusts » !

Ainsi tout au long de sa très riche carrière, Michel Vigneaux, par ses connaissances et sa vision de l’avenir, a apporté ses contributions dans des domaines aussi variés que :

-    la recherche pétrolière ; il a été notamment impliqué dans la découverte du gisement de Parentis dans les Landes ;
-    l’eau potable ; il a été à l’origine de forages profonds dans les Landes qui ont assuré à toute la métropole de Bordeaux et en Aquitaine une alimentation en eau suffisante tant en quantité qu’en qualité ; quelques mois avant sa mort, il était encore très fier quand il évoquait cette réussite ;
-    le génie civil en collaborant avec les Ponts et chaussée et le génie rural ; il a été ainsi associé à la réalisation du Pont d’Aquitaine, ainsi que de l’ensemble de Bordeaux-Lac.

Au fil des ans et de sa carrière, notre confrère s’était constitué un réseau de relations internationales tout à fait exceptionnel. Fort de celles-ci, ce sont au total une dizaine de grandes rencontres internationales qu’il a organisées à Bordeaux. De ces rencontres et de ces liens est né le Centre international pour la formation et les échanges en géologie dont il a assuré la présidence du conseil d’administration pendant plusieurs années. Citons aussi son rôle dans la mise en œuvre de l’accord intergouvernemental euro-méditerranéen sur les risques majeurs.
En 1964, Michel Vigneaux avait fondé l’Association des géologues du Sud-Ouest dont il fut le premier président. Très active, cette association a créé en 2014 un prix Michel Vigneaux destiné à récompenser régulièrement un jeune chercheur français ou étranger pour ses travaux géologiques sur le Grand Sud-Ouest. En 2018, Michel Vigneaux avait proposé de couronner du prix Fernand Daguin de l’Académie un remarquable ouvrage  de cette association sur une Synthèse géologique et géophysique des Pyrénées.

Elu très tôt à l’Académie, en 1964, à 43 ans, alors qu’il était en pleine activité, Michel Vigneaux n’avait pas eu le loisir d’en être un membre très actif jusqu’à sa retraite et il reconnaissait avoir été le plus souvent absent. Mais à partir des années 90, disponible, il est devenu un membre toujours présent, très écouté, très apprécié. Membre du conseil d’administration, il a été président de notre compagnie deux années de suite, en 2002 et 2003, ce qui est relativement peu fréquent. Il présentait régulièrement des communications et il a prononcé plusieurs discours de réception. Beaucoup de ses communications étaient tout à fait dans l’actualité, voire prémonitoires. Citons notamment en 2001 L’eau qui nous entoure, Les tsunamis : les colères de la mer en 2005 et surtout en 2008 Le climat facteur de la dynamique terrestre. Il avait organisé en 2009 un colloque qui est encore dans les mémoires sur Les risques côtiers et lors du tricentenaire de l’Académie en 2012, il avait présidé une demi-journée de communications à caractère scientifique et avait présenté avec son ancienne élève, madame Bérengère Clavé-Papion, une communication sur Le littoral aquitain : frontière mouvante pour l’homme d’hier et d’aujourd’hui. Il convient de citer là l’ouvrage de madame Bérengère Clavé-Papion retraçant toute la carrière de Michel Vigneaux : Mémoire d’un géologue à travers son époque paru aux éditions Terre et océans en 2011.

Touché par un très grave accident vasculaire cérébral à l’été 2016, Michel Vigneaux bien qu’handicapé, avait gardé toutes ses facultés intellectuelles et sa mémoire exceptionnelle, mais il ne pouvait plus assister aux séances de l’Académie, ce qui lui manquait beaucoup. Malgré tout, il continuait à en suivre les activités, à faire part de ses propositions pour les élections ou pour les prix et appréciait les visites des consœurs et confrères ainsi que des nouveaux membres résidants…

La crise du Covid, avec l’isolement qui en a résulté dans sa maison de retraite l’avait beaucoup affecté et n’a pas permis, hélas, de fêter dignement ses cent ans.

Michel Vigneaux laisse le souvenir d’un grand monsieur, à la carrière professionnelle riche et brillante, et d’un membre de l’Académie d’une grande aura, admiré, respecté et écouté…

Michel Vigneaux occupait le fauteuil n° 14.

Hommage lu en séance publique le jeudi 18 novembre 2021 par le secrétaire perpétuel