3, 4 et 5 OCTOBRE 2012

TRICENTENAIRE DE L'ACADÉMIE NATIONALE DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS DE BORDEAUX

 


L’Académie Royale des Sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux a été créée par lettres patentes, données le 5 septembre 1712 à Fontainebleau, par Louis XIV. L’Académie, aujourd’hui Nationale,  de Bordeaux souhaitait donc marquer avec éclat son tricentenaire en programmant une série de manifestations sur trois journées, les 3, 4 et 5 octobre 2012. De plus, à ces dates l’Académie de Bordeaux prenait le relais de l’Académie Nationale de Metz à la tête de la Conférence Nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts pour les deux années à venir, 2012-2014.

Le président de l’Académie de Bordeaux, monsieur Jean-Pierre Poussou, avait invité les différentes Académies de la Conférence à participer à ces trois journées dont le programme avait été préparé de longue date avec soin par le secrétaire perpétuel, madame Séverine Pacteau de Luze, afin d’offrir un ensemble de très grande qualité.

La matinée du mercredi 3 octobre débutait avec l’accueil par 33 académiciens de Bordeaux, de 150 de leurs confrères venus de 23 Académies différentes. Si l’on ajoute environ 70 conjoints, au total ce sont donc près de 250 personnes qui ont ainsi participé aux festivités de ce tricentenaire. Après cet accueil, les participants partaient pour une visite pédestre du Bordeaux historique des XVIIème et XVIIIème siècles. Cette visite se terminait Place de la Bourse, chef-d’œuvre d’ensemble architectural du XVIIIème, les participants étant ensuite invités à déjeuner par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux dans ses salons du Palais de la Bourse.
L’après-midi se tenait la manifestation de prestige de ce tricentenaire, avec une séance publique à l’Opéra de Bordeaux, monument emblématique de la ville. Celle-ci s’est déroulée en présence du maire de Bordeaux, protecteur de l’Académie, devant plus de 400 invités. Le président de l’Académie a présenté l’histoire et les activités de l’Académie. En réponse, monsieur Alain Juppé a réaffirmé tout son attachement et tout l’intérêt qu’il portait à cette institution qui participe au rayonnement de Bordeaux depuis trois siècles. Ensuite l’historien Pierre Nora, membre de l’Académie Française, avait été invité à prononcer une conférence sur le thème : Les historiens, la mémoire et le pouvoir. Pierre Nora a analysé la complexité des rapports entre la mémoire historique et la politique. Il a regretté, qu’après avoir longtemps joui d’une grande liberté d’analyse et d’interprétation, les historiens sont aujourd’hui confrontés aux commémorations et aux lois mémorielles qui ont tendance à se multiplier, aux pressions des associations et du monde politique. Il a plaidé pour la liberté qui doit leur être laissée dans leurs recherches, sans que le pouvoir politique ne les entrave. Après cette brillante conférence, très applaudie, Pierre Nora a été fait membre d’honneur de l’Académie de Bordeaux. Cet après-midi à l’Opéra de Bordeaux s’est poursuivi par un concert baroque donné par l’ensemble Sagittarius qui a interprété, sous la direction de monsieur Michel Laplénie, membre résidant de l’Académie de Bordeaux, deux œuvres : le motet Dominus regnavit de Mondoville, puis Les sauvages extrait des Indes galantes de Rameau. Cette très belle séance se terminait par un cocktail dînatoire dans le cadre superbe des foyers du Grand Théâtre, d’autant plus apprécié qu’il était accompagné par quelques uns des vins les plus prestigieux du vignoble bordelais, offerts par l’Académie des vins de Bordeaux.

La seconde journée, le jeudi 4 octobre, était consacrée à une série d’entretiens sur le thème Les défis du XXIème siècle : comment Bordeaux et l’Aquitaine s’y préparent ?
Le matin, les participants étaient accueillis à l’Ecole Nationale de la Magistrature. Après une courte allocution de monsieur François Braud, membre résidant de l’Académie de Bordeaux et ancien Premier Président de la Cour d’Appel de Bordeaux, pour remercier et présenter cette prestigieuse Ecole, monsieur Michel Vigneaux, également membre et doyen de l’Académie de Bordeaux, introduisait les cinq entretiens de la matinée consacrés au thème des Défis naturels et techniques.
Monsieur Pierre Lurton, président directeur général et gérant de châteaux prestigieux, a présenté une conférence aussi originale que brillante sur Les perspectives des vignobles bordelais. Après avoir rappelé que la qualité d’un vin était le résultat d’une alchimie réussie entre terroir et savoir-faire, il a évoqué l’avenir, en plaidant pour que les vignobles bordelais veillent à préserver leur diversité et leur subtilité, tout en s’ouvrant aux influences et aux goûts modernes, mais en se gardant aussi de ne pas décevoir leurs clients privilégiés.
Madame Bérengère Clavé-Papion, docteur en géologie et sédimentologie marine, a présenté Les risques côtiers en Aquitaine. Les 270 kilomètres de côtes du littoral sont très fragiles et l’érosion y est très active. La conférencière a insisté sur la surveillance attentive qui doit être exercée dans cette zone, notamment quant aux effets du réchauffement climatique.
Ensuite l’Ingénieur général de l’armement Pierre Bétin, membre résidant de l’Académie de Bordeaux, a remarquablement évoqué L’espace, ses enjeux et la place que tient dans ce domaine l’industrie aérospatiale de la région Aquitaine, dont les entreprises sont toujours à la pointe du progrès. Il a terminé en faisant avec brio un peu de science-fiction, avec tout ce qui peut être imaginé dans un avenir plus ou moins proche quant à l’utilisation de l’espace.
Monsieur Michel Le Moal, professeur émérite à l’Université de Bordeaux II, a ensuite traité des Neurosciences en mouvement,  rappelant la place éminente que tient Bordeaux dans ce domaine, avec son neuro-campus qui regroupe six Instituts. Il a notamment présenté quelques grands chantiers du futur : modélisation du cerveau et meilleure connaissance de son fonctionnement, compréhension des maladies mentales, mais aussi réflexion éthique sur le domaine des neurosciences et leurs applications.
Enfin pour la dernière conférence de la matinée, monsieur Michel Pouchard, membre résidant de l’Académie de Bordeaux et membre de l’Académie des Sciences a partagé avec l’auditoire son approche de l’énergie dans une présentation intitulée L’énergie simplement. Après en avoir rappelé les grands principes fondamentaux, il a évoqué les perspectives du futur : énergies nouvelles ainsi que la question essentielle du stockage de l’énergie, sans oublier de présenter dans ces domaines les atouts de la région Aquitaine.
En conclusion, le président de séance, monsieur Michel Vigneaux, a insisté sur le rôle que peuvent jouer les académies de province sur des sujets tels que ceux évoqués au cours de cette matinée très dense : établir des bilans de connaissances, lancer des démarches pluridisciplinaires, faire partager les connaissances.

Le Conseil Régional de l’Aquitaine, à l’invitation de son président monsieur Alain Rousset, accueillait l’ensemble des participants pour le déjeuner puis pour la suite des entretiens de la journée dans l’amphithéâtre du Conseil régional.
C’est monsieur Alain Rousset lui-même qui ouvrait l’après-midi en évoquant la recherche en Aquitaine et les multiples organismes, universités, instituts et installations de haut niveau qui concourent à celle-ci dans les domaines les plus variés : vigne et vin, neurologie et biologie, maintenance aéronautique, espace, laser, énergie solaire, biocarburants, etc. Le président de Région a conclu que cet ensemble représentait un atout majeur de la région Aquitaine pour l’avenir.
Ensuite sous les présidences de séance successives de messieurs Jacques Monférier puis François Braud, tous deux membres résidants de l’Académie de Bordeaux, quatre conférenciers se relayaient pour une série de présentations sur le thème des Défis humains et sociétaux.
Monsieur Jean-Pierre Poussou, président de l’Académie de Bordeaux, présentait d’abord les perspectives démographiques dans un entretien intitulé La démographie en Aquitaine dans la première moitié du XXIème siècle. Après un développement démographique sous la moyenne nationale, la région Aquitaine connaît un renversement de tendance et elle est maintenant la deuxième région de France en termes d’attractivité. Mais cela implique pour l’avenir des défis à relever : fournir de l’emploi, faire face au vieillissement de la population, développer l’habitat, régler les problèmes de circulation, etc.
Monsieur Michel Pétuaud-Létang, architecte et membre résidant de l’Académie de Bordeaux, a ensuite présenté dans une optique futuriste et pleine d’imagination les évolutions envisageables des espaces urbains : Quelles villes en Aquitaine au XXIème siècle ? Après avoir présenté les évolutions dont il faudra tenir compte à l’avenir, changements climatiques, nouvelles énergies, nouveaux moyens de transport, respect de l’environnement, nouveaux comportements sociétaux, il a évoqué ce que devraient être à ses yeux les grandes tendances : des espaces différenciés scandant les territoires (villes, espaces verts, espaces ruraux), des centre villes redevenant des lieux d’échanges et de participation, des fermes urbaines, des bâtiments économiques dits passifs...
Monsieur Dmitri Lavroff, membre résidant de l’Académie de Bordeaux, avait ensuite évoqué L’avenir de la démocratie dans une conférence engagée. Après des rappels historiques et la présentation des défis auxquels doivent faire face aujourd’hui les démocraties, il avait fait part de son inquiétude sur l’avenir de la démocratie confrontée aux inégalités, à l’individualisme, au relativisme, à la montée des extrémismes religieux...
Le dernier entretien de la journée était présenté par monsieur Henri Bourguinat, membre résidant de l’Académie de Bordeaux ; il abordait le volet économique : L’Aquitaine et la globalisation : la vieille dame et le confetti. Après un rappel de ce qui a fait la richesse de la région Aquitaine, Henri Bourguinat avait imaginé différentes projections à l’horizon 2040 sur les évolutions possibles de la région dans la perspective d’une globalisation toujours plus forte. Quoiqu’il en soit l’Aquitaine devra protéger ses singularités : un cadre naturel privilégié, des activités traditionnelles dans l’agriculture et l’industrie, mais aussi le développement dans  des secteurs de pointe tels que les matériaux composites, les neurosciences ou encore  la fabrication de batteries performantes ... Il avait conclu que le Confetti Aquitaine avait l’avenir devant lui s’il savait s’ouvrir au monde tout en conservant et en développant ses spécificités.
Au total, tout au long de la journée, les entretiens ont eu pour ambition de montrer la diversité des richesses de la région Aquitaine, ses atouts face aux changements et aux défis de ce nouveau siècle. La journée se termina par une réception à l’Hôtel de Ville de Bordeaux où les participants étaient accueillis par monsieur Dominique Ducassou, adjoint au maire chargé de la culture, fidèle auditeur des séances de l’Académie.

Pour la matinée du dernier jour d’anniversaire de ce tricentenaire, différentes visites étaient proposées au choix des participants ; elles concernaient soit le patrimoine historique et culturel de la région, avec le château de La Brède le domaine de Montesquieu, ou Malagar la propriété de François Mauriac, soit des installations emblématiques de la Région tournées vers les industries de pointe et la recherche : le laser Mégajoule, les usines de Dassault Aviation où sont montés les Rafale et les derniers nés des avions d’affaires de la série des Falcon, ou encore l’établissement de la société Herakles, leader mondial dans les matériaux composites, fabriquant notamment les tuyères des fusées Ariane. Tous les participants, quelle que soit la visite choisie, ont souligné la qualité de l’accueil qui leur avait été réservé et le très grand intérêt de ces visites.
A l’heure de midi tous se sont retrouvés sur le site de la société Herakles où le déjeuner était offert par son président, monsieur Philippe Schleicher et le directeur général délégué, monsieur Jean-Luc Engerand qui avaient mis à la disposition de la Conférence Nationale des Académies l’amphithéâtre de l’établissement, pour que puisse s’y tenir l’après-midi l’assemblée générale.

Après celle-ci, ce tricentenaire s’achevait par une réception au Château Haut-Brion, l’un des joyaux de la région bordelaise. Son Altesse Royale le prince Robert de Luxembourg accueillait personnellement les participants ; ce fut un moment extraordinaire : cadre magnifique, vins exceptionnels, en une fin de journée très ensoleillée.

 

 

Commémoration du Tricentenaire au Grand-Théatre de Bordeaux

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