DÉCÈS DE SÉVERINE PACTEAU-DE LUZE


L’Académie a eu la douleur de perdre le 21 août, d’une longue maladie, madame Séverine Pacteau-de Luze.
Le président de l’Académie, Philippe Loupès, a ouvert la séance de rentrée après l’été en évoquant la mémoire de Séverine Pacteau-de Luze, puis le secrétaire perpétuel, l’amiral Alain Béreau a, selon la tradition, lu l’hommage à son prédécesseur. Monsieur Bernard Pacteau, mari de notre consœur, ainsi que sa sœur ainée, assistaient à cet hommage.

HOMMAGE À SÉVERINE PACTEAU-DE LUZE LU PAR LE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL

Séverine Pacteau-de Luze, née le 10 janvier 1944, appartenait à l’une de ces grandes familles liées à l’histoire de Bordeaux. Sa famille était protestante, originaire de la Saintonge. Ses ancêtres durent émigrer, au moment de la Révocation de l’Édit de Nantes, pour trouver refuge en Suisse, à Neufchâtel. Sa  famille revint à Bordeaux au début du XIXe siècle, notamment Alfred de Luze, dont elle avait écrit la biographie dans son dernier ouvrage paru l’an dernier et qu’elle avait présenté à la Station Ausone de la librairie Mollat, il y a tout juste un an.

Séverine Pacteau-de Luze a mené toutes ses études à Bordeaux : école primaire rue de la Course, lycée de la Course puis lycée Mondenard-Camille Jullian, où elle montra un goût certain et des aptitudes pour les études littéraires. Elle entra en faculté et suivit des études d’histoire, plus particulièrement d’histoire contemporaine. Elle obtint le CAPES en 1966, mention très bien, l’agrégation d’histoire et de géographie en 1967, puis le doctorat de troisième cycle en 1975, là encore avec la mention très bien, sa thèse portant sur Les protestants de Bordeaux 1852-1877.

Très tôt Séverine Pacteau-de Luze a été attirée par l’enseignement. Elle avait fait ses premières armes pendant ses études, en 1964-1966, au cours Ruello. Elle a commencé à professer au lycée de jeunes filles de Bergerac, avant d’entrer en 1969 à l’Institut d’études politiques de Bordeaux où elle a fait toute sa carrière, comme assistante, puis maître-assistante et bien sûr maître de conférences, près de quarante années au total, de 1969 à 2008. Son enseignement portait sur l’histoire sociale comparée de l’Europe au XIXe siècle, sur l’histoire des relations internationales entre 1815 et 1891, dont a été tiré en 1987 un Que sais-je ? réédité tous les deux ans depuis, et traduit en six langues. Elle donnait aussi en formation initiale et en deuxième cycle, des conférences de culture générale sur les problèmes politiques et sociaux du monde actuel, conférences très appréciées des étudiants de Sciences po.
Séverine Pacteau-de Luze a dirigé également de 1981 à 1998, le Centre de préparation à l’administration, c’est-à-dire à  tous les grands concours administratifs, ainsi que le Centre de préparation à l’ENA de 1985 à 1998. Cela lui avait donné l’occasion d’avoir pour élèves de nombreux futurs grands responsables et hommes politiques : ainsi Bernard Cazeneuve, premier ministre, venant à Bordeaux il y a quelques mois lui avait manifesté publiquement son souvenir et sa reconnaissance d’ancien élève… La qualité de son enseignement, son sens de la pédagogie, son souci des relations humaines et le suivi attentif de ses élèves ont en effet toujours fait l’unanimité.

Séverine Pacteau-de Luze a, concurremment à ses enseignements, toujours mené des recherches, passionnée par l’histoire de la communauté protestante de l’Aquitaine et de Bordeaux sous toutes ses dimensions, politique, sociale et religieuse. Elle a ainsi, au fil des années, écrit une trentaine d’articles pour les sociétés ou les revues d’histoire. A la fin des années quatre-vingt-dix, sur suggestion de Denis Mollat, elle reprit le sujet de sa thèse, l’élargit et publia en 1999 Les protestants et Bordeaux aux éditions Mollat. Ce livre qui traite de l’histoire du protestantisme à Bordeaux, depuis les origines jusqu’à nos jours, est un ouvrage considérable, salué par les historiens et les chercheurs, qui reçoit la reconnaissance de la communauté protestante et qui fait toujours référence.
Elle a aussi contribué, pour les Bordelais, au Dictionnaire biographique des protestants français de 1989 à nos jours.

Les activités de Séverine Pacteau-de Luze concernaient aussi  la vie publique et la vie religieuse. En 1976, elle a été élue au Conseil municipal de Bordeaux où elle fût, pendant un mandat, une déléguée à l’enseignement très active. Elle a été surtout impliquée dans la vie de la communauté protestante bordelaise : de 1974 à 1999, elle était membre du conseil presbytéral de l’Église réformée de Bordeaux-Chartrons puis de celle de Bordeaux-Ville. Elle a été aussi membre du comité d’éthique de la Fondation Bergonié.

Séverine Pacteau-de Luze avait été élue en 1999 à notre Académie, dans le fauteuil de Gabriel Delaunay. Elle avait été reçue le 22 juin 2000, elle était alors la troisième femme entrant à l’Académie, après Arlette Higounet et madame Jacqueline Du Pasquier.
Dès le début, elle s’est montrée une académicienne très active par sa présence et sa participation. Elle a régulièrement présenté des communications tout au long de ses 17 années à l’Académie : L’accueil de Lacordaire à Bordeaux, Bordeaux et la Garonne, Justice et liberté dans l’œuvre de Montesquieu, Bonaparte et les minorités religieuses et enfin en février dernier, malgré sa maladie, elle prononçait une communication devant un public nombreux sur Les Suisses protestants de Bordeaux, communication qu’elle avait préparée comme à son habitude avec le plus grand soin.
A partir de 2009, Séverine Pacteau-de Luze a tenu une place essentielle au sein de l’Académie : elle en assura la présidence pour cette année 2009, puis elle accepta de prendre au pied levé les fonctions de secrétaire perpétuel au décès du bâtonnier Rouxel fin 2009, en précisant toutefois qu’elle limiterait son mandat perpétuel à cinq années, afin de pouvoir profiter ensuite de la retraite de son mari, Bernard Pacteau, et de ses petits-enfants, éloignés, puisque leur fille unique Flavie, coïncidence de l’histoire familiale, réside en Suisse à Neufchâtel.
Elle a été un secrétaire perpétuel particulièrement efficace : très organisée, méthodique, rigoureuse, attentive à  tous les membres et toujours à l’écoute de chacun, soucieuse des intérêts de l’Académie et de son ouverture. Ces cinq années ont été particulièrement marquées par la préparation, l’organisation et le déroulement des fêtes du Tricentenaire de l’Académie en 2012. Cheville ouvrière de cet évènement qui fut une réussite exceptionnelle, Séverine Pacteau-de Luze fut unanimement félicitée par les quelques 250 participants venus de toute la France, d’une trentaine d’académies de province appartenant à la Conférence nationale des Académies. L’an dernier, à Toulon, lors du colloque annuel de la Conférence, on parlait encore avec admiration de ce Tricentenaire de l’Académie de Bordeaux, que son secrétaire perpétuel avait magistralement organisé.
Séverine Pacteau-de Luze toujours très attachée à l’Académie, avait eu la délicatesse, il y a un an, de lui faire don du buste de l’un de ses ancêtres, Edouard-Gabriel Faure, négociant, président de la Chambre de commerce, reçu à l’Académie en 1929.

Tout au long de ses années au sein de l’Académie, Séverine Pacteau-de Luze a marqué les esprits par ses qualités, sa volonté de contribuer au renom de l’Académie, mais toujours avec modestie et discrétion, dans l’esprit de ce qu’elle avait écrit dans l’avant-propos de son livre sur Les protestants de Bordeaux : Il est, somme toute, positif et conforme à la culture réformée que ceux qui s’en réclament se donnent d’autres objectifs que de faire parler d’eux.
Malgré sa maladie, elle a continué à participer avec assiduité et avec un très grand courage aux activités de l’Académie, forçant l’admiration de chacun d’entre nous. Notre compagnie a perdu en Séverine Pacteau-de Luze une très grande dame, une académicienne hors pair. Elle a marqué de son empreinte l’Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux.