DÉCÈS DE ROBERT COUSTET

 

L’Académie a eu la douleur de perdre le 19 septembre 2019 Robert Coustet membre résidant depuis 1995.

La présidente de l’Académie, madame Hélène de Bellaigue, a ouvert la séance publique du jeudi 26 septembre en évoquant la mémoire de Robert Coustet, puis elle a donné la parole au secrétaire perpétuel, l’amiral Alain Béreau qui a, selon la tradition, lu l’hommage des académiciens à leur confrère disparu.

HOMMAGE À ROBERT COUSTET LU PAR LE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL

Notre confrère Robert Coustet nous a quitté le jeudi 19 septembre : il avait été reçu à l’Académie le 2 février 1995 au fauteuil de Jac Belaubre, journaliste, rédacteur en chef du journal Sud Ouest, mais aussi peintre réputé du groupe des peintres indépendants bordelais, ce qui n’était pas pour déplaire à son successeur très tourné vers les arts. Le discours de remerciements de Robert Coustet avait été à son image, empreint de modestie et de reconnaissance vis-à-vis de notre compagnie qui l’accueillait. Il avait été reçu par Jean-Paul Avisseau qui avait montré dans son discours toute l’étendue et toute la richesse de ce qu’avait accompli le nouvel académicien en concluant qu’il était heureux de recevoir ainsi un ami sûr et fidèle, un vrai bordelais, une âme droite qui se considérait comme « un curieux au service de la Cité ».

Robert Coustet était né en 1934 à Arcachon, mais il avait passé son enfance dans l’Entre-deux-Mers, à Haux, où son grand-père maternel était régisseur du château Greteau. Ses études secondaires se sont déroulées au lycée de Longchamps, futur lycée Montesquieu, puis attiré par les arts très tôt dans sa jeunesse, il entreprend des études supérieures d’histoire et d’histoire de l’art. Il passe un CAPES d’histoire et de géographie, puis un doctorat du 3ème cycle en choisissant comme sujet L’urbanisme et l’architecture à Rio de Janeiro au XIXe siècle. Tout au long de ses études, Robert Coustet aura pour maîtres et professeurs des académiciens auxquels il n’avait bien sûr pas manqué de rendre un hommage appuyé lors de sa réception à l’Académie : Robert Etienne, Charles Higounet, Pierre Flottes, et dans le domaine de l’histoire de l’art François-Georges Pariset et Paul Roudié.

Robert Coustet aimait voyager. Après ses études supérieures, il commence par enseigner dans les années 60 au Brésil puis ensuite au Cambodge. Il parcourt l’Europe, y compris l’Europe de l’est, ce qui à l’époque n’était pas courant…
En 1970, il est appelé par le professeur François-Georges Pariset à enseigner à l’université de Bordeaux et il franchit les différents échelons : maître-assistant maître de conférences et enfin professeur d’histoire de l’art contemporain. Il forme ainsi des centaines d’étudiants dans le domaine de l’histoire de l’art en leur faisant partager ses connaissances et sa passion ; tous gardent un souvenir ému de leur maître.

A partir des années 70, Robert Coustet s’implique de plus en plus dans la vie culturelle bordelaise, dans la conservation de la mémoire et dans la protection du patrimoine architectural et artistique de la ville
Sans pouvoir énumérer toutes les sociétés et associations auxquelles il donne de son temps et de ses compétences, citons la Société des amis des musées de Bordeaux, la Société archéologique de Bordeaux qu’il a toutes les deux présidées. Il a été administrateur du Service départemental de la Gironde et du Salon du livre de Bordeaux. Il était membre de la Commission d’art sacré du diocèse de Bordeaux, de la Délégation régionale à l’architecture et à l’environnement, de la Société d’histoire de l’art français ou encore du jury du prix Odilon Redon. Il a longtemps contribué à la revue historique de Bordeaux et de la Gironde.
Au fil des ans, il devient un incontestable expert faisant référence aussi bien dans les domaines de l’architecture, de la peinture que de la sculpture. Dans celui de la peinture, il montre que contrairement aux idées reçues, le XIXe siècle fut à Bordeaux un grand siècle de peinture, avec des artistes bordelais remarquables, son artiste de prédilection étant Odilon Redon dont il contribue de manière décisive à l’étude et à la diffusion de l’œuvre.
Il est aussi spécialiste de l’architecture à Bordeaux, notamment des époques Art déco et Art moderne. Citons son très bel ouvrage sur les mascarons de Bordeaux en 1988, ses travaux sur Maggesi et Marcade, ainsi que sa passionnante conférence à l’occasion du tricentenaire de l’Académie sur La statuaire publique bordelaise.

Robert Coustet a été aussi un auteur prolifique, faisant partager par ses ouvrages sa passion et ses connaissances des arts. Là aussi, on ne peut tous les citer, retenons Arts et artistes en Aquitaine, contribution à l’histoire de l’art à Bordeaux et dans le Sud-ouest du XVIIIe au XXe siècle, Les maisons de campagne en Bordelais, Bordeaux et l’Aquitaine 1920-1940 : urbanisme et architecture, le très beau livre Bordeaux l’art et le vin ou encore Bordeaux le temps de l’histoire, L’Hôtel Fruges à Bordeaux, De l’esprit des vins, et plusieurs ouvrages sur son peintre préféré Odilon Redon. Enfin il faut mettre en exergue son nouveau viographe de Bordeaux publié en 2011 chez Mollat qui est une incontestable référence sur les rues et les monuments de Bordeaux.
Il fut aussi un chroniqueur régulier et très suivi, sous la signature de Jean Lignac, dans Sud Ouest Dimanche avec plus de 500 chroniques au total sur les arts et les livres d’art.

Robert Coustet a été aussi un collectionneur passionné et désintéressé tout au long de sa vie. Pendant plus de 50 ans, il a réuni une collection patiemment et soigneusement constituée, non pas pour lui, mais pour compléter les collections publiques des musées de Bordeaux avec des gravures, des peintures, des sculptures, des objets de décoration, de la vaisselle, de l’orfèvrerie, des pièces ethnographiques du XVIIIe au XXe siècle, ainsi que des documents pour la bibliothèque. Ce sont au total plusieurs centaines de pièces qui ont enrichi le patrimoine de la ville, au musée d’Aquitaine, au musée des arts décoratifs ainsi qu’à la bibliothèque municipale. Un ouvrage richement illustré, publié en 2009 par Le Festin, a été consacré à cette superbe collection. Jean-Paul Avisseau dans son discours de réception de Robert Coustet à l’Académie avait bien sûr évoqué cette passion, déclarant que le nouvel académicien n’avait pas hésité à se dessaisir au profit des musées bordelais d’admirables pièces qu’il jugeait plus profitable au public qu’à lui-même et que sa collection particulière, toujours en recherche d’amélioration voire de perfection, était de tout ce qu’il avait accompli son plus singulier chef d’œuvre. A juste titre pour cette exceptionnelle contribution au patrimoine de Bordeaux, Robert Coustet avait reçu la médaille de la ville des mains d’Alain Juppé en 2015. Il était également chevalier de l’Ordre national du Mérite et officier des palmes académiques.

Robert Coustet a été pendant près de 25 ans un académicien fidèle, assidu, qui a fortement contribué au fonctionnement et au rayonnement de notre compagnie. Membre du conseil d’administration, ses avis étaient toujours judicieux et très écoutés. Il a longtemps supervisé la réalisation des Actes annuels et il avait beaucoup travaillé pour les Actes du tricentenaire en 2012, avec plusieurs chapitres sur les Repères chronologiques de l’Académie sur les résidences de l’Académie, sur les académiciens et les rues de Bordeaux, ainsi que sur les académiciens sculpteurs ayant contribué à la statuaire dans la ville.

Robert Coustet était membre du Comité local pour le classement de Bordeaux à l’UNESCO. Il avait présenté une communication sur Bordeaux et l’UNESCO en janvier 2016, communication tout à fait remarquable, écoutée par un nombreux public, en présence de représentants de la mairie. En juin dernier, lors de la sortie annuelle de l’Académie, il avait commenté avec toujours autant d’érudition le tableau, trésor de l’église de Langon, de l’Immaculée conception du peintre espagnol Francisco Zurbaran.

Mon prédécesseur, madame Séverine Pacteau - de Luze avait insisté en prenant la présidence de l’Académie en 2010, puis en en devenant secrétaire perpétuel, sur la sociabilité académique qu’elle plaçait, à juste titre, au premier rang de ses préoccupations. Robert Coustet a certainement été un modèle et un exemple sur ce plan et nous pleurons aujourd’hui un confrère et ami très estimé à tous égards.

Le secrétaire perpétuel de l’académie : l’amiral Alain Béreau

 

Le musée d'Aquitaine et le musée des arts décoratifs et du design ont consacré une exposition pour présenter les œuvres et objets que leur a légués Robert Coustet.