DÉCÈS DE HENRI DE GRANDMAISON, MEMBRE RÉSIDENT

 

Henri de Grandmaison, ancien directeur de la rédaction du Journal Sud Ouest, membre résidant de l’Académie depuis 1995, est décédé dans sa maison familiale à Machecoul le 31 mai 2020.

Né en 1933, Henri de Grandmaison appartenait à une famille anoblie au XVIIIe siècle, originaire du Pays de Retz au sud de Nantes. Après son service militaire en Algérie, attiré depuis sa jeunesse par le journalisme, il rentre en 1957 au journal Ouest France. Il y restera jusqu’en 1984 dans diverses responsabilités, notamment à Caen, puis à Rennes comme directeur régional pour la Bretagne à partir de 1978. Fort de son expérience, de son jugement, de son grand sens de l’éthique, il est au sein du plus grand quotidien régional français, un conseiller très écouté de tous et auquel on fait très souvent appel.
En 1984, Henri de Grandmaison quitte Rennes pour Paris et devient rédacteur en chef du Pèlerin Magazine du groupe Bayard Presse.
Mais au bout de 3 ans, Jean François Lemoine, propriétaire du journal Sud Ouest, lui demande de venir à Bordeaux pour en prendre la rédaction. Il sera rédacteur en chef de ce grand quotidien régional jusqu’à sa retraite en 1993, laissant une marque profonde au sein de l’équipe de rédaction et du journal, fort de ses qualités relationnelles et de sa haute vision du journalisme.

Henri de Grandmaison a toujours aimé écrire. Il a publié ses premiers ouvrages dès les années 70, avec deux essais de réflexions sur le journalisme et d’observations de notre société : La province trahie en 1975 et Chronique insolente d’une ville de province, en l’occurrence Caen, en 1976. Puis il se lance dans le roman ; son premier roman Le papivore en 1977 obtiendra immédiatement un très grand succès, traduit à l’étranger et édité en livre de poche. Suivent ensuite, La dernière chasse en 1978, grand roman célébrant la forêt, Les feux du bocage en 1980 qui sont les mémoires d’un petit paysan du temps de la Chouannerie. Au total Henri de Grandmaison a publié une vingtaine d’ouvrages, qui témoignent de sa culture, de sa curiosité intellectuelle et du regard ouvert, bienveillant et parfois caustique qu’il portait sur notre monde. Citons ses deux ouvrages tirés de sa connaissance de Bordeaux et de ses années de rédacteur en chef de Sud Ouest : Je t'écris de Bordeaux, en 1995, et Journal d’un bordelais, en 1996, ainsi que Les aventures d'un trader en 2008. Il a traité de grands personnages : Jules Verne, le colonel Rémy. Il a aussi consacré plusieurs de ses livres à ses origines, au pays de sa famille, à ses souvenirs : Machecoul et ses deux clochers, Le bonheur des jours, Vendée : le pays que j'aime, La moisson des jours - Les souvenirs d'un journaliste de l'Ouest.

Henri de Grand maison avait été élu à l’Académie en 1994, au fauteuil de Jacques Ellul, historien, sociologue. Reçu en 1995, après avoir fait l’éloge de son prédécesseur, c’est un grand ami, Yves La Prairie, qui avait prononcé le discours de réception et qui l’avait présenté à ses nouveaux confrères. Il a toujours été un membre très actif de l’Académie et particulièrement apprécié pour l’amitié dont il faisait preuve auprès de chacun. Il avait assuré la présidence en 2001. Membre du conseil d’administration de 1999 à 2018, ses conseils et ses avis y étaient très écoutés. Depuis plusieurs années, il présidait la commission des prix, où, là aussi, ses recherches et ses propositions étaient très précieuses : le succès chaque année de la séance solennelle de remise des prix, moment important dans la vie de l’Académie, lui devait beaucoup.
Henri de Grandmaison tout au long de ses années au sein de l’Académie s’attachait à présenter régulièrement des communications, bien sûr en s’appuyant sur son expérience de journaliste et ses connaissances des grands journaux, mais aussi sur des thèmes originaux. Citons par exemple L’île mystérieuse de Jules Verne en 2000, Un monarchiste, un communiste et de Gaulle en 2001, en 2015 Un botaniste très aventureux Nicolas Joseph Thierry de Monvelle, le botaniste qui généralisa l’utilisation de la coloquinte, enfin Une princesse roumaine sous le communisme, sa dernière communication en 2018, très originale et comme toujours de très grande qualité.

Henri de Grandmaison se faisait une haute idée de l’Académie à laquelle il était très attaché : elle perd en lui un membre exemplaire, exemplaire pour sa participation fidèle et ses contributions à toutes les activités, exemplaire pour les liens amicaux et attentionnés qu’il entretenait avec toutes ses consœurs et confrères.