DÉCÈS DE JACQUES MONFÉRIER

 

Notre confrère Jacques Monférier nous a quittés très brutalement le dimanche soir 20 mars, victime d’une crise cardiaque foudroyante. Quelques jours auparavant, lors d’un conseil d’administration pour traiter une affaire sensible, c’est lui qui avait conclu les débats avec, comme à son habitude, une observation et une proposition de vote pleines de bon sens et de sagesse. C’était ainsi, sans que nous le sachions, le dernier souvenir qu’il allait laisser à l’Académie, tout à fait à son image, souci de participer, certes avec discrétion, jugement sûr, conseil précieux.

Le cursus universitaire de Jacques Monférier a été exemplaire ; agrégation de lettres classiques en 1959, enseignement du français, du latin et du grec au lycée Louis Barthou de Pau, puis assistant à la Faculté des lettres de Bordeaux en 1961, doctorat en Sorbonne en 1972, enfin professeur à l’université de Bordeaux 3. Il enseignait la littérature française du XXe siècle : il a été un passeur d’œuvres littéraires pour des générations d’étudiants.
Très vite, il était devenu l’un des grands spécialistes de François Mauriac auquel il a consacré la majeure partie de ses recherches, de ses publications et des directions de thèses. Il a ainsi développé les études mauriaciennes en France et à l’étranger pendant des décennies. En 1972, il fonda un centre de recherche sur François Mauriac. En 1974, il avait organisé à Bordeaux le premier colloque international sur François Mauriac. En 1986 Jacques Chaban Delmas, alors président de la Région Aquitaine, lui demanda de créer et de diriger un centre culturel dans la propriété de François Mauriac que la Région venait d’acquérir. Il a assumé cette direction jusqu’en 2001, s’attachant à préserver et à valoriser à la fois la maison de l’écrivain ainsi que tous ses documents, manuscrits, lettres et dessins. Il présida l’association Les Amis de François Mauriac, et il réunit autour de lui de très grands spécialistes de François Mauriac romancier et de François Mauriac journaliste : Bernard Cocula, Jean Lacouture, John Flower, Jean Touzot. En 1977 il fonda la collection Les Cahiers François Mauriac, puis en 2003 Les Nouveaux Cahiers François Mauriac. Il avait lancé en 1993 la Société Internationale des Études Mauriaciennes et il a fait partie de l’équipe qui avait imaginé en 1999 la manifestation des Vendanges de Malagar, qui devint rapidement un événement culturel majeur de l’automne bordelais.

Homme de lettres mais aussi administrateur de grande qualité : Jacques Monférier a été président de l’université Bordeaux III de 1983 à 1989, après en avoir été le vice -président, et auparavant directeur de la Section lettres et arts avec notre confrère Claude-Gilbert Dubois. Comme président de l’université, Jacques Monférier était très à l’aise dans ses fonctions, gros travailleur, très attentif et très proche de ses collègues professeurs, du personnel administratif et toujours à l’écoute des étudiants. Il avait su gérer des périodes difficiles de réformes et d’agitation étudiante des années 80. Il a toujours été très attentif à intégrer son université dans la Cité.

Homme de terrain, Jacques Monférier veillait à s’impliquer dans les réalités de l’enseignement et de la recherche. Il avait lancé et dirigé le Service de formation continue pour adultes de l’université. Il avait aussi présidé de 1987 à 1989 la Fondation Entreprises-Université de Bordeaux. Il a été le premier président d’université à créer un Service des relations internationales au moment où naissait le programme Erasmus. Il avait eu aussi l’idée de mettre en place une Maison de l’archéologie, devenue ensuite le Centre Ausonius qui acquit rapidement une dimension internationale. Toujours sur le plan international, il s’était impliqué dans la francophonie et le rayonnement de la langue française, notamment comme membre du conseil scientifique de l’Agence universitaire de la francophonie.

Au moment de sa retraite, il n’avait pas hésité à prendre de nouvelles responsabilités publiques. Elu en 1989 au conseil municipal de la ville de Talence, il y restera 19 ans, il fut d’abord adjoint à la culture, président de l’Office culturel et éducatif de la ville, avant de devenir premier adjoint d'Alain Cazabonne en 2001.

Jacques Monférier a été reçu à l’Académie le 7 décembre 1989 au fauteuil d’un membre éminent de notre compagnie, l’historien Charles Higounet. C’est le recteur Paulian qui avait prononcé le discours de réception, soulignant que le nouvel académicien était à la fois un enseignant-chercheur de très haut niveau et un homme d’action soucieux de s’impliquer et de participer à la vie de la Cité.
Tout au long de ses 32 années, Jacques Monférier a été un académicien particulièrement actif, contribuant régulièrement aux diverses activités de notre compagnie. Il a présenté de nombreuses communications, en particulier bien évidemment sur François Mauriac : en 1998 Les romanciers français du XXe siècle sous le regard de François Mauriac, en 2006 Paul Claudel et François Mauriac, en 2010 François Mauriac un solitaire dans la tourmente, en 2012 François Mauriac et l’Académie de Bordeaux et en 2020, juste avant la crise de la Covid, sa dernière communication sur François Mauriac et Bordeaux.
En 1998, il avait remis la médaille de l’Académie au journaliste Jean Mauriac, fils de François Mauriac, lors de sa réception en qualité de membre correspondant de notre Académie.
Il avait également reçu trois d’entre nous : Claude-Gilbert Dubois, Hélène de Bellaigue et Régis Ritz. Il avait présidé l’Académie en 2010 et tout au long de ses années de présence au sein du conseil d’administration, j’ai déjà évoqué combien ses avis étaient précieux, marqués d’un jugement sûr.

Nous avons perdu en Jacques Monférier un confrère qui nous a tous marqués par sa courtoisie, son humour, sa discrétion et sa modestie, son intelligence, sa hauteur de vue et sa finesse d’esprit, et son sens de l’amitié. Jacques Monférier va beaucoup manquer à notre Académie.

Jacques Monférier occupait le fauteuil n° 7.

Hommage lu en séance publique le jeudi 7 avril 2022 par l'amiral Béreau, secrétaire perpétuel